Musique : le Femua, machine à créer de l’émoi

by lookatshows / Apr 25, 2018 / 0 comments

Après deux nuits à Abidjan, la onzième édition du festival de musiques urbaines s’est achevée à Korhogo, dans le nord de la Côte d’Ivoire.

Korhogo, dans le nord de la Côte d’Ivoire, dimanche 22 avril. La place de la mairie est bondée. Face aux maquis provisoires et aux rangées de spectateurs assis sur leur scooter, Magic System chante Premier Gaou. La terre rouge s’élève en nuages, les marchandes oublient leur étal, les chiens errants tombent en arrêt. La chanson parle des années de galère, du goût de la conquête : « Dieu merci pour moi je savais chanter un peu/J’ai fait ma cassette oh ! on me voit à la télé. » C’était il y a presque vingt ans et Premier Gaou reste un hymne alternatif pour tout un peuple. Il fallait donc que la onzième édition du Femua, le Festival des musiques urbaines d’Anoumabo, s’achève par ce refrain de nuit tardive.

Presque une semaine plus tôt, le mardi, l’affaire avait démarré très loin de là, à 600 km au sud, entre la lagune et les ponts à péage d’Abidjan. Le Femua est né dans le quartier populaire d’Anoumabo, berceau du groupe Magic System. Jusqu’à l’année dernière, il se déroulait sur une longue artère étriquée, où des écrans géants étaient disposés à intervalles réguliers mais où les mouvements de foule auraient tôt ou tard dégénéré en catastrophe. Pour cette édition, la manifestation a donc déménagé dans un immense complexe sans charme – l’Institut national de la jeunesse et des sports, avec ses préfabriqués et sa piste circulaire – mais qui a l’immense mérite d’offrir davantage de sécurité aux dizaines de milliers de festivaliers qui y entrent gratuitement.

50 000 spectateurs

Au fil des ans, le Femua s’est affirmé comme l’un des plus importants festivals africains, une machine idéale, artisanale et savante, pour saisir la déferlante afro-pop en Afrique de l’Ouest. Même la mort en 2016 de Papa Wemba après un malaise sur scène et celle de Didier Bonaventure Deigna, membre de Magic System, quelques jours plus tard par noyade n’avait pas mis fin à la destinée féconde du rendez-vous musical. Pour preuve, les 50 000 spectateurs qui se sont déplacés deux nuits à Abidjan et une nuit à Korhogo, quatrième ville de Côte d’Ivoire, pour venir écouter le concentré de stars du coupé-décalé et du zouglou, le rappeur français Soprano ou les nouveaux héros panafricains qui considèrent le Femua comme une halte indispensable. Quant à la jeune diva nigériane Yemi Alade, elle a imposé, moulée dans un collant intégral beige, sa pop placide devant 20 000 spectateurs, dont un tiers connaissait ses textes en anglais par cœur. La Beyoncé de Lagos a offert samedi un spectacle sans démesure mais éclatant...

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