Interview Nanan Kakou Hilaire ( chef du village d’Ahua) : « Les Adjoumani n’ont que 5 ha de terre »

by lookatshows / Feb 08, 2019 / 0 comments

Depuis quelques années un conflit foncier mine plusieurs villages de la sous-préfecture de Tiassalé dont le village central est Ahua. Ce conflit qui perdure a causé de nombreux dégâts matériels allant jusqu’à entrainer de nombreux blessés et des sans- abris. Les mis en cause (les Adjoumani) ayant refusé de nous recevoir, nous avons rencontré le chef du village pour nous donner sa version des faits…

Comment situez-vous votre village ?

Nous sommes situés dans le département de Tiassalé à quelques km de N’Douci sur la rive gauche du fleuve Bandama en allant vers Grand-Lahou.

Depuis quand et comment est né le litige foncier qui mine votre village ?

Ce litige date des années 1990. Ce litige a commencé suite au décès de l’un de nos chefs. Le 14 ème chef d’Ahua du nom de Nanan Kacou Cyprien. C’est après son décès que le litige a éclaté.

Qu’est ce qui est à la base de ce conflit ?

Ce sont les enfants Adjoumani qui sont à la base. Adjoumani était le cousin au chef Kakou Bidi Amoin. C’est –à-dire ils ont le même grand-père mais de mère différents. Bidi Amoin était notre chef. Lui-même est venu d’Atégouakoro. Mais sa maman est de notre famille, la famille Mando. Elle est du 2ème chef de notre village. Comme chez nous à l’époque c’est le matriarcat, voilà pourquoi, on l’avait mis comme. Adjoumani est aussi issu de la même famille. De la même grand-mère et arrière grande –mère.

D’où vient –il que les Adjoumani revendiquent à eux seuls plus de 500 hectares de terre dans votre village ?

Disons que c’est une fausse histoire. Il y avait l’un de nos concitoyens du quartier Mandou qui avait commis un crime à l’époque. On lui demandait de payer un bœuf et plusieurs autres choses. Celui-ci n’avait pas d’argent donc il est allé à Ahouanou dans la Sous-Préfecture de Grand Laou. Ahouanou était un campement d’Ahua. Par ce que quand nous sommes venus de Tiassalé, nous étions installés là. On était en conflit à Tiassalé. Le commerce se faisait entre  Grand-Lahou et Tiassalé. Quand il ya eu le conflit, nous sommes venus nous installés à Ahua.Et on a installé des postes d’Ahua jusqu’à Grand-Lahou. Ahouanou fait partie de ces postes-là. Ce monsieur est allé à Ahouanou s’adresser à l’un de nos parents. Il s’appelle Lakpa Etien.CCe dernier lui a donné les moyens pour venir spayer ce que le village lui exigeait.En donnant ces moyens lui Kacou Samoi a aussi donné en gage sa parcelle de terre à Monsieur Lakpa Etien. Celui – ci avec sa sœur qui était l’épouse du 2ème chef de notre village. Nanan N’Zi Aka. Lakpa Etien a dit puisque ma sœur est la bas,je te donne cette terre là pour t’occuper aussi des enfants qui vont natre de votre union avec ce chef.C’est ainsi, qu’il a donné cette parcelle de terre que tout le monde connaît à Lakpa Aya. Cette dernière a eu pour fils N’Da Kobenan et plusieurs autres. Mais c’est Da Kobenan qui était le premier fils. Lui-même, il fut le 9ème chef du village d’Ahua.N’Da Kobenan a hérité de ces terres-là qui font environ 5 à 6 ha. A la mort de N’Da Kobenan, son fils Bidi Amoin est devenu propriétaire de ces terres là.Les enfants de N’Da Kobenan, les descendants  sont sur ces terres actuellement. Donc c’est la seul propriété que les Adjoumani ont dans le domaine d’Ahua. C’est ainsi qu’à la mort de Kacou Cyprien, on a donné l’héritage à un  d’Ahouanou . Un certain Adja Dhoula Kacou Augustin. Ce dernier est décédé, un de ces oncles Adia Zoa qui a aussi pris l’héritage de Kacou Cyprien et de Daoula Kacou. Azoua ne pouvant pas venir à Ahua, il a demandé à Adjoumani de gérer les biens de Kacou Cyprien pour le compte de la famille Cyprien jusqu’à Ahouanou. Adjoumani étant devenu héritier de ces terres-là a voulu borner toutes les terres du quartier Mandou. Or entre-temps, le chef Bidi Amoin étant chef du  village était le garant de ces terres , leur gestion était confiée chaque année à un sage du quartier. Bidi Amoin étant chef, il était en même temps gardien, protecteur de ces terres-là. Quand quelqu’un veut aller prendre quelque chose la déçu pour faire sa culture, c’est à lui qu’on s’adresse et qu’il donnait  l’autorisation. Quand Adjoumani est venu, non seulement sans se contenter de la parcelle c’est-à-dire les 5 ha environ qui sont sa  patrimoine, qui constitue le gage, il a voulu étendre à toute la parcelle du quartier Mandou. Les parents se sont opposés à cette époque-là. Et il a abandonné son projet. Après sa mort, ses enfants sont venus  et ils ont eux aussi repris le projet. Cette fois-ci, ils ont désigné au hasard des personnes les accusant d’exploiter illicitement leurs terres. Voilà comment est venu le conflit. Nous sommes allés à la direction de l’agriculture, qui  a confié l’affaire au chef des villages environnant qui se sont réunis et à chaque fois les Adjoumani ne se sont jamais présentés. Leur chef de famille est venu d’Ahouanou, il a tout fait mais les enfants ne sont pas venus. Les chefs ont même produit un PV pour dire que ce sont des plaisantins. Et que ce n’est pas la peine, on ne peut pas discuter avec eux. Les chefs sont repartis pour faire le compte-rendu aux autorités. C’est en ce moment qu’ils sont venus. Le responsable du service nous a renvoyé à la Sous-préfecture. Le Sous-préfet M.Gbahé nous a réuni dans son bureau où nous avons passé plus d’une demi-heure demandant aux Adjoumani de de s’expliquer. Ils ont répondu que si  les vieux qui sont là ont besoin de terre pour cultiver, ils vont leur en donner sinon la terre leur appartient et ils ne veulent rien savoir. Comme on n’arrivait pas à s’entendre, le sous-préfet a dit, allez-y cultiver sur les terres qui vous appartiennent et chacun est retourné cultiver sur sa terre. Vous savez, dans un village, chacun cultive sur la terre de son papa. On ne va jamais chez quelqu’un d’autre.

Oui avant de poursuivre qui sont les représentants de ces Adjoumani là ?

Ce sont deux policiers Adjoumani Kacou Benoit et Adjoumani Kadio Dibert….

Ok, nous reviendrons.

NANDO DAPA