Dominique Blé, président de l’association de lutte contre la migration clandestine ‘’ Mille Oui’’ : « L’Afrique est le continent de l’avenir »

by lookatshows / Apr 28, 2020 / 0 comments

L’ivoirien Dominique Blé, président d’une association de lutte contre la migration clandestine dénommée : « Mille Oui » passe un message à  ses frères africains et revient  sur les missions de son association.

Vous êtes informaticien en France, et vous êtes aujourd’hui, à la tête d’une  association de lutte contre la migration, qui rassemble toute la jeunesse. Dites-nous, pourquoi cette mutation ? Quelles ont été vos motivations?

Effectivement il n'y a pas de lien entre l'informatique et une association de lutte contre la migration.  Mais l’élément déclencheur qui a suscité la création de cette association,  c’est ma propre vie de rescapé de la migration.  J’ai été un sauvé de ce voyage infernal.  J’ai assisté à la mort de compagnons, j’ai vu des injustices, même parfois entre migrants, j’ai eu affaire à des organisations un peu mafieuses. J’ai été confronté à la loi du plus fort. Et aujourd'hui,  je me suis dis qu'il est de  mon devoir de dénoncer ce phénomène qui continue de  faire  des milliers de morts dans le monde.  Comme  l'apôtre Paul dans le Bible qui  dit « malheur à moi si je n'annonçais  pas l'évangile », je sens cette mission comme une responsabilité de dénoncer la mort des jeunes africains chaque année dans la Méditerranée.

 Aujourd'hui, vous êtes le président de ''Mille oui''. Qu’est-ce que c’est ?

‘’Mille Oui’’ est une association de lutte contre l'immigration clandestine créée en janvier 2019. J'ai eu l'idée de la création de cette association au lendemain de mon  arrivée, en tant que migrants sur les côtes espagnoles.  Ce jour-là,  j'ai été interviewé par un journaliste espagnol. J'ai décris la situation sur les bateaux de fortunes. Je lui ai fait savoir qu’alors que la croix rouge sauvait  les uns, elle  recouvrait les autres. C'était une image pour montrer les morts qu'on recouvrait avec des draps blancs.  J'aurais dis ‘’Mille Non’’ pour dénoncer le silence des autorités africaines et européennes. Mais pour rester positif et croire qu'un jour,  on vaincra  ce phénomène où  les jeunes africains ne risqueront plus leurs vies pour le mirage de l'Eldorado,  j'ai décidé d'appeler mon association ‘’Mille Oui’’. C'est en quelque sorte,  un cri d'espoir pour dire ‘’oui, nous le pouvons’’.

 Quelles  sont les actions que vous avez déjà menées?

Nous existons depuis plus d’un an.  Et nous avions déjà  mené plusieurs  actions pour décourager certains jeunes candidats à cette aventure infernale. Nous avons  fait bénéficier des  permis de conduire  à de nombreux jeunes. En Côte d’Ivoire, nous avons aidé certains orphelins à avoir une activité génératrice de revenus, notamment un jeune vendeur de la noix de coco. Nous l’avions accompagné et lui offrant une charrette. Il fut nominé dans la catégorie des jeunes entrepreneurs de Côte d’Ivoire.

Aujourd’hui, quel  est  le rapport entre vous et les migrants ? Êtes-vous resté  en contact avec certains?

Cette association est composée de  1/3 de rescapés  qui luttent pour la  même cause. Nous avons de bons rapports et nous nous sommes engagés tous ensemble avec certaines autorités qui nous soutiennent à  lutter par tous les moyens pour sauver des vies. Car la vie n'a pas de prix.

Le Maroc, la Libye ou la Tunisie sont présentés aussi comme un point de transit des candidats à l’immigration clandestine vers l’Europe  avec tous les risques que l’on sait. Menez-vous  des actions de sensibilisation en ce sens?

Oui effectivement,  ces pays sont des points de transit. Et pour nous,  la vraie sensibilisation se fait à la source, c'est-à-dire dans nos pays africains.  Nous dénonçons  ce voyage pour les décourager afin d’éviter ce  chemin de la mort. Mais il ne s'agit pas  seulement de dénoncer. Nous faisons également des propositions concrètes.  C'est pour cela,  ‘’ Mille Oui’’ mène des actions pour l'intégration sociale des jeunes et propose des solutions afin que chaque jeune soit indépendant financièrement.

L’Italie veut régulariser la situation de 200.000 sans-papiers. Cette décision pourrait créer une  invasion de migrants africains avec un retour des débarquements sur les côtes italiennes. Quel est votre point de vue ou conseil?

Je voudrais tout d’abord  faire une précision. L'association ‘’Mille Oui’’ ne dénonce pas l'immigration. ‘’Mille Oui’’ n'est pas contre toute personne qui décide de quitter son pays pour aller sous d'autres cieux travailler, étudier ou visiter. L'immigration fait partie de l'histoire du monde,  car la terre tourne et les hommes sont appelés à se déplacer. Mais l’immigration doit se faire dans le cadre des procédures mises en place par les états et surtout dans le respect de la vie et de la dignité humaine. Cette immigration ne doit pas se faire au péril de sa vie. Car, lorsqu’on aspire à quelque chose et qu'on doit perdre sa vie, ça ne vaut pas la peine.   Pour revenir au cas de l'Italie, nous sommes de tout cœur avec ce pays qui a été l’une des nations ont payé les  plus lourds tribus de cette crise sanitaire. C'est tout à fait normal que le gouvernement lance des mesures pour relancer son économie. Au moment où la décision sera officielle, les procédures  se feront de manière officielle auprès des ambassades et des consulats. Cette décision concerne seulement  les sans-papiers qui sont sur le territoire italien. Donc, ça sera vain d’utiliser  des mesures souterraines qui ont tendance à jeter nos jeunes dans le désert, ou la mer.

 

Comment imaginez-vous la jeunesse africaine dans une dizaine d’années ?

Quand je discute avec des amis ou certaines autorités européennes, tous nous sommes unanimes que l'Afrique est le continent de l'avenir. C'est à nous jeunes africains de prendre conscience de cette grande richesse. Alors dans une dizaine d'années je vois une jeunesse africaine  formée, une jeunesse entreprenante et une jeunesse au travail. Une jeunesse consciente que  la vie de l'Europe n'est juste qu'un leurre. Que l'Europe n'est pas l'Eldorado tant rêvé. Le vrai bonheur consiste à créer sa propre richesse et à écrire sa propre histoire.

Un message aux jeunes africains  et aux institutions?

Je voudrais d'abord  dire aux jeunes de ne pas se laisser influencer par ceux qui quittent l'Europe pour revenir faire comme on  le dit " le boucan " au pays. La vie en Europe est l'une des vies les plus difficiles du monde. La solidarité n'existe pas. Notre pays regorge de véritables richesses si on sait les exploiter. Je dirai aux jeunes que demain nous appartient. Il faut qu'on prenne conscience de la responsabilité qui nous incombe. On doit relever le défi car on ne doit pas resté en marge de ce grand train à grande vitesse qui est le développement et la mondialisation. Je voulais lancer un vibrant appel aux autorités ivoiriennes, africaines, européennes et à toutes organisations des droits de l'homme, toute organisation  soucieuse de la vie et de la dignité humaine. Vous qui considérez que la vie humaine est sacrée, joignez-vous   à notre combat. Je  souhaiterais que ces autorités et ces organisations nous accompagnent dans nos différentes actions : celles de donner un avenir radieux  à la jeunesse. Cette jeunesse désorientée, cette jeunesse déboussolée, cette jeunesse qui crève sous le poids du chômage et qui veut  trouver espoir sous d'autres cieux en se jetant à la mer.  « Mille Oui » les  trouvera de l’emploi et   va réfléchir avec eux, sur les questions de migration et développement. Nous sommes déterminés à réduire  la migration clandestine et le trafic illicite des migrants, en leur montrant leurs droits, et en facilitant  la réinsertion des rapatriés et pour une meilleure exploitation du potentiel migratoire pour le développement. Avec l’espoir que la pandémie du COVDID19 prenne fin le plutôt possible.

 

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